04 décembre 2011
Les poux adorent le saumon
VOILÀ une raison de plus pour se régaler de saumon industriel. On savait déjà que la bestiole d'élevage qu'on nous sert à table n'est pas toujours très ragoûtante. Petit rappel pour ceux qui l'auraient oublié : avant d'atterrir dans notre assiette, le saumon industriel, qui atteint ses 6 kilos en deux ans, soit deux fois plus vite que son cousin sauvage, a été sélectionné génétiquement pour faire du gras et nourri de granulés énergétiques constitués de farines de poisson agglomérées avec de l'huile de palme. Une pitance assaisonnée au colorant pour lui rosir la chair. Pour qu'il n'attrape pas la première méchante bactérie qui passe dans les cages surpeuplées – comptez 25 kilos de saumons par mètre cube –, l'éleveur l'a régulièrement traité à coups d'antibiotiques. Et, comme l'opération est stressante, on lui a filé un peu d'anesthésiant, puis redonné un coup de fouet avec une cure de vitamine C. Les braves bêtes servies fumées ont droit, après électrocution, à un saumurage express par injection d'eau salée dans les chairs et à un badigeonnage de fumée et liquide artificielle. Hum, c'est bon !
Voilà qu'on apprend maintenant que chaque fois qu’on avale une bouchée de saumon industriel on assassine des saumons sauvages. La faute aux poux de mer, qui infestent les fermes immergées le long des côtes et sautent sur tous les poissons sauvages qui passent à côté des cages. Ces terreurs de 3 millimètres vous tuent un poisson en moins de deux, en lui épluchant la peau. Des chercheurs canadiens viennent de prouver que s'il y ade moins en moins de saumon sauvages en Atlantique c'est la faute de ces poux de mer échappés des élevages de salmonidés (National Academy Sciences of the USA, août 2011). C'est aussi à cause d'eux que les saumons d'élevage – nous en avalons près de 2 kilos par an, ce qui nous hisse à la deuxième place mondiale – sont régulièrement trempés dans un bain antiparasitaire. Bon appétit quand même !
19/10/2011
26 octobre 2011
Shell: violences et expulsions pour les agrocarburants Brésil - MesMotsCourts
Au Mato Grosso do Sul, un état du sud-ouest brésilien, le front du sucre passe à l'attaque. Par sa coopération avec Cosan, le plus grand producteur de sucre du Brésil, le groupe pétrolier anglo-néerlandais Shell est devenu l'un des propriétaires les plus puissant du pays. A travers ses filiales, Shell exploite plantations et usines dans cette région. Depuis plusieurs années, les Guaraní-Kaiowá luttent contre l'expansion des plantations de canne à sucre car elles les privent de terres, d'eau, de vie.
Une étude de Survival International et de nombreux rapports d'observateurs internationaux font état de la souffrance des Guaraní. Ils vivaient jadis en communion avec la terre, la cultivant de façon durable. Le territoire que les Guaraní appellent Tekoha est le centre de leur identité culturelle. Ceux-ci l'ont perdu à cause des élevages et des plantations de soja et de canne à sucre dont les grands propriétaires n'hésitent pas à recourir à la violence pour faire valoir leurs intérêts. Les indiens sont victimes d'assassinat (42 d'entre eux furent abattus par des exploitants agricoles en 2008), de sous-nutrition et de mortalité infantile (étant très supérieures aux moyennes nationales), d'arrestations arbitraires fréquentes. On peut certainement trouver là les raisons pour lesquelles les Guaraní sont le groupe ethnique ayant le plus fort taux de suicide d'Amérique du Sud.
07 décembre 2010
La grande illusion de la Malbouffe - MesMotsCourts culin@ires -
D'ACCORD, la grande distribution a tué le petit commerce et bousillé les entrées de ville, mais ne faisons pas la fine bouche, en contrepartie elle a rempli notre Caddie® d'un tas de chouettes produits. Comptez au moins 10000 références : il suffit de regarder dans les rayons la ribambelle de yaourts, biscuits, tablettes de chocolat, plats cuisinés en tous genres, quelle abondance !
Sauf que tout ça c'est du vent, comme le démontre, de manière implacable, un ancien directeur de recherche à l'Institut national de la recherche agronomique. Dans son livre « L’alimentation durable », qui sort très discrètement cette semaine (1), Christian Rémésy, spécialiste en nutrition, passe à la moulinette le contenu de nos chariots.
Bilan des courses : les deux tiers sont des produits industriels transformés, fabriqués avec pas plus d'une dizaine d'ingrédients de base. Toujours les mêmes. Des « ingrédients de remplissage » dans le jargon. Du sucre, la plupart du temps ajouté sous forme de sirop de glucose, de la matière grasse végétale comme l'huile de palme blanchie avec des solvants, des sous-produits de l'industrie laitière tels que la caséine, une protéine que agroalimentaire et les fabricants de peinture utilisent comme liant. Ajoutez-y des farines blanches à gogo, c'est-à-dire tellement raffinées qu'elles ne valent plus grand-chose sur le plan nutritionnel, et le fameux amidon, que l'on retrouve un peu partout, juste pour donner du volume aux produits. Le tout rehaussé de sel et de saveurs artificielles : « Plus de la moitié des aliments ont maintenant un goût manipulé par les arômes », précise Rémésy. Une malbouffe qui rapporte : « Plus le produit est transformé, plus la marge est importante. » Et tant pis si, en prime, question santé, on déguste.
« La grande distribution expose la population à une offre alimentaire à risque » s'énerve le chercheur.
Voilà un livre qui a peu de chances de se retrouver en tête de gondole...
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(1) Odile Jacob, 285p, 21,90 €
08 avril 2010
Une note qui dépote - MesMotsCourts culinaires -
L'APPÉTIT vient en mangeant. Depuis qu'il a avalé le mot « alimentation », le « Maap », ministère de l'Alimentation, de l'Agriculture et de la Pêche la Répression la Santé
On commence par y découvrir que l'expression « alimentation durable » « se prête parfaitement aux symboles, à la recherche de sens, au significatif, au subjectif ». Puis vient une belle leçon de com' à la sauce Sarkozy. Ainsi, « puisque le mangeur et l'opinion publique sont irrationnels, le Maap ne doit pas chercher à convaincre de façon rationnelle ». Tout un programme ! La suite est tout aussi goûteuse : « Puisque la peur du risque existera toujours, l'information et la communication continueront à produire des effets pervers. Au lieu de ressasser les maux, il faudra jouer sur les mots. » Comment ? « Il est facile de tout reformuler sans trahir la réalité. Par exemple, il ne faut pas « empêcher la disparition du modèle alimentaire français », mais "accompagner ses mutations et ses capacités d'adaptation". » Belle leçon d'enfumage. Autre exemple : il ne faut pas « déplorer l'augmentation de l’obésité », mais montrer qu'elle se développe plus lentement chez nous que partout ailleurs ».
Le meilleur morceau étant comme toujours pour la fin : « Ce que l'on ne pourra énoncer clairement, il faudra accepter de le taire. Ce que l'on ne pourra positiver immédiatement, il faudra en minorer la portée. » Prendre les Français pour des veaux : une tradition, au ministère de l'Agriculture !...
04 mars 2010
Un tour de cochon - MesMotsCourts culin@ires -
DANS « 2001 : l'odyssée de l'espace », Stanley Kubrick sert à ses astronautes du boeuf synthétiquement reconstitué. Eh bien, figurez-vous qu'une joyeuse bande de scientifiques s'est mis en tête, pour cette nouvelle décennie, de nous faire avaler la même tambouille. Les chercheurs néerlandais de l'Université de technologie d'Eindhoven viennent de réussir à faire pousser de la viande in vitro. En fait, des cellules de muscle porcin ont été mises en culture dans un sérum nutritif concocté à partir de sang de foetus de cochon. Le plus appétissant, c'est qu'avant de réussir cet exploit culinaire l'équipe s'était fait un nom dans la chirurgie reconstructrice, plus précisément dans la culture des vaisseaux sanguins humains. Jusqu'à ce qu'un marchand de saucisses s'entiche de leurs compétences. En l'occurrence Stegeman, la filiale néerlandaise de l'américain Smithfield Foods, numéro un mondial de la transformation de viande de porc avec 28,5 millions de cochons utilisés chaque année et environ 8 milliards de dollars de chiffre d'affaires. Ce mastodonte de la charcuterie, qui possède entre autres, chez nous, Justin Bridon, Cochonou, Aoste et Jean Gaby, a défrayé la chronique l'an dernier lorsque les premiers cas de grippe A sont apparus, pilepoil ans la région où sa filiale mexicaine possède huit porcheries industrielles géantes... Certes, le morceau de viande obtenu en éprouvette serait apparemment gluant et sans goût. Mais importe, puisqu'il suffira d'épicer la saucisse. On attend avec impatience les montagnes de sauciflards fabriqués quasiment ex nihilo dans des usines dignes de « L'aile ou la cuisse ». Et vendues avec l'estampille « Aucun animal n'a été tué » et « Bon pour la couche d'ozone ». A moins que les consommateurs ne fassent leurs têtes de lard...
06/01/2010

