15 décembre 2008
Institut français de l’environnement - Touché coulé

C’ÉTAIT un empêcheur de polluer en rond. L’institut français de l’environnement (Ifen), c’est son nom, lançait régulièrement des pavés dans la mare. Ses rapports sans concession dénonçaient pêle-mêle toutes les particules toxiques qui nous empêchent de respirer à pleins poumons, les cochonneries déversées dans l’eau par l’industrie chimique et l’agriculture intensive, ou encore le bétonnage des côtes. Et cela faisait dix-sept ans que le trublion empêchait la France de s’asseoir sur les directives adoptées par Bruxelles pour protéger l’environnement. Que croyez-vous qu’il arriva ? L’Ifen vient d’être dissous comme un sucre dans l’eau. Chez Jean-Louis Borloo, notre superministre de l’Ecologie, de l’Energie, du Développement durable et de l’Aménagement du territoire, on explique évidemment qu’il s’agit de « rationaliser » les services statistiques du ministère. En clair, les troupes de l’lfen seront noyées dans un gros machin baptisé « Service de l’observation et des statistiques » du « Commissariat général au développement durable » du ministère, dont la mission, comme son nom l’indique, ne sera plus que de pondre des stats. Exit, donc, le fameux rapport sur l’état de l’environnement concocté par l’lfen, qui, tous les quatre ans, nous rappelait à quel point nos nappes phréatiques et nos rivières sont farcies de pesticides et de nitrates. L’occasion à chaque fois pour l’Europe de nous taper sur les doigts. Déjà en 2004 on avait tenté en vain de lui fermer le caquet. L’lfen, alors établissement public national, ce qui lui permettait de ruer dans les brancards à volonté, avait été rétrogradé en un simple service du ministère de l’Ecologie. Bref, ce dont les fabricants d’engrais et de pesticides avaient rêvé, Borloo l’a fait. Et vive le Grenelle !
10/12/2008