24 octobre 2008
Chimiquement vôtre

UNE grande rasade de pesticides ! C’est le cadeau de rentrée de la Commission européenne. Au départ, il s’agissait d’harmoniser les normes sur les résidus d’insecticides, herbicides et autres fongicides. Sauf qu’au lieu de choisir les seuils les plus bas en vigueur dans les Etats membres, Bruxelles a opté à quelques chouïas près pour les plus hauts. Résultat, en France, dès ce mois-ci, on risque de se régaler avec encore plus de pesticides. Prenez le Fénoxycarbe, dont on asperge les agrumes pour stopper le développement des larves d’insectes : on pourra en trouver sur les oranges, pamplemousses ou citrons à des taux 40 fois supérieurs à ce qui était autorisé jusqu’à présent. Vous vous dites pas grave, on ne mange pas la peau. Erreur, puisque des molécules chimiques, on peut en trouver enfoncées jusqu’à 8 millimètres dans la chair des fruits. Passons ô la tomate, elle aura le droit de recéler dix fois plus de son herbicide favori, le Cléthodime. Pour la pomme, cinq fois plus de Tebucolazole, un fongicide. Toujours pour les fongicides, on aura des chances de tomber sur cinq fois plus de Cyprodynil dans le raisin de table, 2,5 fois dans les fraises et 4 fois plus dans les abricots... Bizarrement, en 2005, cette même Commission européenne avait pondu un règlement sur le sujet qui prévoyait de fixer au niveau le plus bas possible les limites maximales de résidus. Un texte qui n’avait pu être appliqué parce qu’il manquait des annexes. Et voilà qu’elle nous sort l’inverse de son chapeau. Certains esprits mal tournés y voient la main des fabricants de pesticides, réunis au sein de l’European Crop Protection Association. Cette volte-face de Bruxelles étonne d’autant plus que la réévaluation de la toxicité de toutes les substances actives aspergées dans nos champs est loin d’être terminée. Dix-sept ans après, sur 500 molécules, une centaine seulement ont vu leur cas réexaminé. On imagine l’embarras de Michel Barnier avec son projet de loi sur l’agriculture durable, censé mettre en musique les promesses du Grenelle de l’environnement, au premier rang desquelles : moins de pesticides dans l’assiette... On nous aurait raconté des salades ?
Une histoire d’oseille

ON nous l’a suffisamment rabâché. Pour avoir la santé, Il faut avaler au mains cinq fruits et légumes par jour. Mais ça demande de plus en plus d’oseille. L’association Familles rurales (1 80 000 foyers) vient en effet de calculer qu’un couple disposant d’un smic avec deux enfants devait dépenser 12,6 % de ses revenus (131 euros par mois) pour ingurgiter les 400 grammes quotidiens de fruits et légumes recommandés par le ministère de la Santé. Une enquête qui a donné de l’urticaire à lnterfel, le lobby des fruits et légumes. Lequel a aussitôt bombardé les rédactions d’un communiqué de presse intitulé «Vérité sur le prix des fruits et légumes», où l’on apprenait avec soulagement qu’un couple avec deux enfants ne dépensait « que » 7% du smic pour remplir son cabas bien comme il faut. Mais, bizarrement, pas de réponse à la question qui fâche : pourquoi les prix des fruits et des légumes ont-ils grimpé, en un an, respectivement de 10,5% et 15% ? C’est alors que l’on se souvient que le président du Programme national nutrition santé PNNS) avait proposé, il y a deux ans, d’offrir aux 5 millions de Français les plus pauvres des coupons repas pour se payer des fruits et légumes. Il faut dire que la mission du (PNNS) est justement de lutter contre les maladies liées à la mal-bouffe. Une idée généreuse que Xavier Bertrand, notre ministre du Travail et de la Solidarité, qui officiait à l’époque à la Santé, avait discrètement envoyée à la trappe. Au grand soulagement de l’industrie agroalimentaire et de la grande distribution, qui devaient financer la mesure, en s’acquittant chaque année d’une taxe de 500 millions d’euros (à peine 0,1 % de leur chiffre d’affaires). De là à imaginer que, pour Sarko, les pauvres comptent pour des prunes...
23 octobre 2008
En avant la gastrochimie !

IL court les plateaux télé en racontant d’un air gourmand qu’il sait faire une mousse au chocolat avec de l’eau, de l’air et du gras », des crèmes glacées, grâce à de «l’azote liquide ». Hervé This, qui se veut l’inventeur de la gastronomie moléculaire, rêve d’enchimiquer nos assiettes. Ce mois-ci, dans la revue des cuistots « l‘Hôtellerie Restauration », sous le titre « Jambons, fruits, légumes, viandes, salades artificiels est-ce grave ? », le physico-chimiste de l’Inra nous livre sa recette de « l’orange artificielle ». Prenez du jus d’orange saupoudré de sels de calcium, versez-le goutte à goutte dans un bac contenant de l’eau et de l’alginate de sodium (un gélifiant plus connu sous le nom d’E401 ), vous obtenez alors des petites billes gélatineuses orange. Reste à les coller entre elles avec de la gélatine. Quel intérêt ? « Celui ou celle qui achète une orange ne sait jamais comment sera le fruit: certaines oranges sont sucrées, d’autres pas souvent il y a des pépins gênants. » Bref, « en faisant une orange artificielle, le cuisinier ou la cuisinière peut ainsi donner à manger l’orange de ses idées”parfaite” si le travail a été bien fait».Le philosophe des casseroles éprouvettes voit loin : « Dans la foulée, pensons viandes artificielles : il s’agit de réaliser des tubes analogues aux fibres musculaires, que l’on emplit de jus d’eau et de protéines. » Le goût ? « Celui que l’on veut. » Et d’enchaîner : « Des salades artificielles ? Il suffit de faire des “feuilles” à partir des denrées alimentaires. » Des feuilles « au goût sur mesure, à la consistance, à la couleur, à la forme sur mesure ». Et le gastronome moléculaire de conclure, magistral : « Pourquoi se priver de sur-mesure ? » Et ce n’est pas de la blague : en avril dernier, un consortium de scientifiques a vu le jour en Norvège pour fabriquer d’ici à 2Ol2 de la viande artificielle à partir de cellules souches. Bon appé(this) !